Santé au travail : l’OMS ne reconnait pas le burnout comme une maladie professionnelle

Santé au travail : l’OMS ne reconnait pas le burnout comme une maladie professionnelle

A l’occasion de la 72ème Assemblée mondiale de la santé qui s’est tenue du 20 au 28 mai 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a officiellement adopté la nouvelle classification internationale des maladies (CIM-11). Elle devait y inclure le burnout au sein de la catégorie des maladies d’origine professionnelle. Cependant, , l’OMS est finalement revenue sur la qualification à donner au burnout. Que faut-il en retenir ?

La classification internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM) :

La classification internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM) est une codification médicale internationale. Cette classification liste des maladies, symptômes, contextes sociaux ou encore des causes externes de maladies ou de traumatismes. Elle a pour but de permettre « l’analyse systématique, l’interprétation et la comparaison des données de mortalité et de morbidité recueillies dans différents pays ou régions et à des époques différentes ». La CIM sert ainsi de base pour établir les plans statistiques sanitaires, afin d’accompagner la pratique médicale quotidienne, de la prise en charge du patient à son suivi.

La nouvelle version de la CIM (la CIM-11), présentée l’an dernier par l’OMS, a été définitivement adoptée lors de la 72ème Assemblée mondiale de la santé en mai dernier. Cette nouvelle version vient prendre en compte les progrès de la médecine et les avancées de la science. Elle introduit plusieurs nouveaux chapitres dont un sur la médecine traditionnelle, qui était jusque-là exclue de ce système de codification. Cette nouvelle classification entrera en vigueur à compter du 1er janvier 2022 dans les 194 Etats membres.

Qu’est-ce que le « burnout » ?

Le « burnout » ou « épuisement professionnel » n’est pas un concept nouveau. En effet, le terme est apparu dans les années 1970 afin de décrire une fatigue extrême ainsi qu’une perte de passion pour son travail. Christina Maslach, psychologue américaine, a défini le burnout dans les années 1980 comme étant un « épuisement mental et physique des personnes dont le travail nécessite un contact permanent avec autrui ». Elle a développé un modèle descriptif, le « Maslach Burnout inventory » (MBI), permettant de caractériser le burnout à travers une série de question évaluant l’atteinte psychologique au travail par l’étude des conséquences du stress chronique. Ce modèle est encore aujourd’hui l’un des plus utilisé par les médecins afin de caractériser une situation d’épuisement professionnel.

Plus récemment, la Haute autorité de santé (HAS) a caractérisé le burnout comme étant un « état d’épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». Il se caractérise par un processus de dégradation du rapport subjectif au travail. C’est donc un syndrome recouvrant trois dimensions, à savoir l’épuisement émotionnel, le cynisme vis-à-vis du travail et la diminution de l’accomplissement personnel au travail et de l’efficacité professionnelle.

Le burnout n’est pas une maladie professionnelle mais un « phénomène lié au travail » :

Dans un premier temps, il avait été annoncé que le burnout allait faire son entrée pour la première fois au sein de la CIM. L’OMS devait l’y inscrire comme maladie d’origine professionnelle, ce qui aurait permis d’établir des tendances sanitaires sur le sujet, ainsi qu’assurer une meilleure prise en charge des personnes atteintes de ce syndrome. Cependant, elle a fait marche arrière dans un communiqué paru le 28 mai 2019. En effet, il y a été précisé que le burnout était en réalité déjà inscrit dans la précédente CIM (la CIM-10) au chapitre « facteur influençant l’état de santé ». La nouvelle classification, vient simplement en préciser la définition et le change de chapitre. Désormais le burnout est inscrit au sein du chapitre « phénomène lié au travail ».

Ce classement au sein de la CIM-11 signifie que le burnout n’est ni une condition médicale, contrairement à ce que sous-entendait l’ancien classement, ni une maladie d’origine professionnelle. C’est un syndrome, c’est-à-dire une association de plusieurs symptômes qu’un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, qui est directement lié au travail. En d’autres termes, le burnout est un motif pour lequel on va aller s’adresser à un professionnel de santé mais ce n’est pas une maladie. Par exemple un médecin pourra déduire des effets du burnout d’un patient, un état de dépression qui est une maladie reconnue. Il restera cependant toujours long et compliqué de faire reconnaître ses effets en maladie professionnelle.

La CIM-11 vient également préciser la définition du burnout et le présente comme étant « un syndrome conceptualisé résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement géré ». C’est donc un phénomène en lien avec le contexte professionnel uniquement, ne pouvant dès lors plus être utilisé dans d’autres domaines. Par exemple, on ne peut plus parler de « burnout parental ». Enfin, il faut relever que l’OMS donne les trois grands critères permettant de caractériser le syndrome du burnout, à savoir un sentiment de manque d’énergie ou d’épuisement, un retrait vis-à-vis du travail ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés au travail, et une perte d’efficacité professionnelle. Ainsi, ces trois critères se rapprochent de ceux utilisés au sein du modèle MBI évoqué précédemment, ainsi que de ceux utilisés par l’HAS.

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